Muslim ibn Aqil

 

Muslim ibn Aqil est le fils Aqil ibn Abu Talib et un membre du clan de Bani Hashim, il est donc cousin de Al-Hussein ibn Ali. La population de Koufa fit appel à Hussein pour renverser la dynastie des Omeyyades. Désireux de tester la loyauté des gens de Koufa, il leur envoya son cousin, Muslim ibn Aqil, un guerrier renommé, pour rendre compte de la situation. Muslim ibn Aqil écrivit à Hussein, l’assurant de leur loyauté, avant de comprendre que les 30000 disciples qu’il avait formés le trahiraient. Il fut exécuté par le nouveau gouverneur, Ubayd Allah ben Ziyad, le 9 de Dhou al-hijja, 60 AH1. (Septembre 680) Il est enterré derrière la Grande mosquée de Koufa.

Le départ de Muslim ibn Aqil à Koufa

Lorsque l’Imam (a) a reçu de nombreuses lettres d’invitation de Koufa, il envoya Muslim à Koufa pour vérifier s’ils étaient honnêtes dans leurs lettres et aussi si c’était le bon moment pour sa présence-là.
Selon un autre rapport, l’Imam (a) a envoyé Qays b. Mus’hir as-Saydawi, Amara b. Abd al-Salûlî et Abd Ar-Rahman b. Abd Allah al-Arhabi avec Muslim.

Quand Muslim est arrivé à Koufa, il s’est installé chez Mukhtar b. Abi Ubayda Muslim Ibn ‘Aqil fut contraint de changer sa méthode d’action et de se cantonner dans la clandestinité. Il changea d’adresse et quitta sa maison habituelle (chez al-Mukhtar Ibn ‘Obeidah al-Thaqafi) pour s’installer secrètement chez le leader kufite des partisans d’Ahl-ul-Bayt, Hâni Ibn ‘Orwah, loin des regards des autorités et de leur persécution. Mais le service des renseignements du gouvernement finit par connaître sa cachette. Les autorités décidèrent de frapper leur coup discrètement et d’éviter toute action de nature à provoquer des troubles qu’elles ne pourraient pas maîtriser. ‘Obeidullah Ibn Ziyâd envoya chez Hâni Ibn ‘Urwah une délégation qui l’invita à se rendre au Palais pour dégeler le froid qui marquait ses relations avec le nouveau gouverneur.

La trahison des habitants de Koufa envers Muslim ibn Aqil

Muslim Ibn ‘Aqil qui observait la situation de très près, décida de lancer une offensive contre le Palais pour s’en emparer et en finir avec le gouverneur de ‘Obeidullah Ibn Ziyâd. Il rassembla ses hommes et encercla à son tour le Palais. ‘Obeîdullah Ibn Ziyâd et ses partisans qui étaient inférieurs en nombre aux assaillants, se cloîtrèrent dans le Palais. Le Gouverneur assiégé envoya quelques-uns de ses agents pour s’infiltrer dans les rangs des nouveaux assaillants et de la foule, dans l’intention d’y créer un climat de peur, de doute et de suspicion, et de gagner du temps. Ils réactivèrent la rumeur de l’arrivée imminente de l’armée de Damas et finirent de se soucier de préserver la paix et la sécurité de la ville et d’éviter l’effusion de sang. Leur stratagème ne tarda pas à s’avérer astucieux. Les hommes de Muslim commencèrent à se disperser et à se démobiliser. A la tombée de la nuit, lorsque celui-ci se dirigea vers la mosquée il n’y avait guère plus de 10 hommes sur les 4 mille combattants qui l’avaient suivi au départ de sa marche sur le Palais. Lorsqu’il termina sa prière du crépuscule il fut surpris de ne voir personne derrière lui pour le guider ou l’héberger dans ce pays étrange et étranger.

Cette situation dramatique et poignante ne terrifia pas cet étranger qui se trouva subitement esseulé, abandonné par ses partisans, suivis par les espions du Pouvoir et traqué par ses agents. Il sortit de la mosquée avec un seul souci majeur: trouver le moyen de prévenir al-Hussain pour lui éviter de tomber dans les pièges de la trahison. Il traversa les rues désertes de cette ville plongée dans la peur. Il marchait sans savoir où aller.

Comment Muslim ibn Aqil fut retrouver

Son chemin le conduisit près d’une porte où il vit une femme nommée Taw’ah. Il s’arrêta là, et, désemparé et timide, il lui demanda de l’eau. Après l’avoir bue, il s’assit là, ne sachant pas vers où il devait poursuivre cette marche sans but. Ses apparences d’étranger, et son air désemparé poussèrent la femme à lui demander:
«N’as-tu pas bu l’eau?
– Si, dit-il.
– Pourquoi ne t’en vas-tu pas? insista la femme, perplexe.
– Je suis étranger ici. Je n’y ai ni maison ni famille. Je suis Muslim Ibn ‘Aqil, l’ambassadeur et le messager d’al-Hussayn à Koufa. Je suis aussi son cousin».

Taw’ah lui ouvrit la porte et le laissa se cacher pour la nuit dans sa maison.
Entre temps lorsque ‘Obeidullah Ibn Ziyâd apprit la nouvelle de la défection des hommes de Muslim avant et pendant la prière du Crépuscule (Maghrib), il ordonna au muezzin de demander aux gens de se rassembler impérativement dans la mosquée pour la prière de la Nuit, et de les prévenir que quiconque ne répondrait pas à l’appel n’aurait pas la vie sauve.
Les foules affluèrent donc vers la mosquée sous l’effet de la peur. Après avoir guidé la prière devant elles, ‘Obeidullah Ibn Ziyâd prononça un discours chargé de menaces pour les assistants et d’injures contre Muslim. Il s’adressa ensuite au directeur de la police de la ville et lui ordonna sèchement de perquisitionner dans toutes les maisons jusqu’à ce qu’il arrête Muslim Ibn ‘Aqil.

Le hasard a voulu que le fils de Taw’ah, apprenne que Muslim se cachait chez sa mère. La peur d’une part et la récompense alléchante de l’autre, le conduisirent à dénoncer Muslim.Le lendemain matin 70 hommes parmi les agents de ‘Obeidullah encerclèrent la maison de Taw’ah et commencèrent à s’y infiltrer. Muslim Ibn ‘Aqil leur opposa une résistance farouche. Ils se mirent à jeter sur la maison, des pierres et des flammes pour l’obliger d’en sortir. Il sortit, l’épée à la main, malgré ses blessures. Il continua de résister. Les attaquants qui remarquèrent ses graves blessures, lui dirent: «Cesse de résister, tu vas te faire tuer. Tu as la vie sauve». Mais dès qu’il cessa sa résistance, ils l’entourèrent, le désarmèrent, le mirent sur une mule et le conduisirent au Palais. Là, ‘Obeidullah Ibn Ziyâd ordonna qu’on le décapitât et qu’on jetât son corps et sa tête du haut du Palais.
Puis les bourreaux ne tardèrent pas à conduire Hâni Ibn ‘Orwah qui avait hébergé Muslim Ibn ‘Aqil chez lui, au marché des moutons de Koufa pour lui couper la tête. Ils expédièrent les têtes de ces deux premiers martyrs de la Révolution d’al-Hassayn à Damas, pour y être remises entre les mains de Yazid Ibn Mu’âwîyah. Quant aux corps, les vigiles de ‘Obeidullah les attachèrent avec des cordes et les traînèrent dans les ruelles de Koufa pour terroriser les gens et servir d’exemple.